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Floriane Place-Verghnes, Jeux pragmatiques dans les Contes et Nouvelles de Guy de Maupassant

Floriane Place-Verghnes, Jeux pragmatiques dans les Contes et Nouvelles de Guy de Maupassant, Paris, Honoré Champion, coll. « Romantisme et Modernités » ; 88, 2005, 335 p.

Cet ouvrage est la version remaniée d’une thèse soutenue en Grande-Bretagne par une Française enseignant à Manchester. Le titre pourrait faire croire à une étude purement linguistique fondée sur la pragmatique. Or, l’auteur prétend analyser la réception des contes maupassantiens en utilisant diverses théories : la sémiotique, la (psycho-)linguistique et la poétique.

Dans l’introduction, qui fait aussi office de première partie, l’auteur se livre à une mise au point sur « la nouvelle, le lecteur, Maupassant ». Cet aperçu du récit bref et de la terminologie appropriée (conte/nouvelle/short story…) n’aboutit à rien de neuf puisque, après avoir raillé certains critiques reconnus, F. Place-Verghnes choisit d’utiliser de façon « quelque peu arbitraire » (note 2, p.22) le mot nouvelle. Elle résume les théories formalistes et définit la phénoménologie, la pragmatique, l’esthétique de la réception, et même le préfixe « hypo » (p.98), comme si elle s’adressait à des non-littéraires. Bien qu’elle s’en défende, elle abuse de ce « jargon rebutant » (p.41) qui, selon elle, « encombre » l’étude de la nouvelle. La deuxième partie, d’un didactisme pesant, passe en revue les titres des récits brefs et s’intéresse aux structures et stratégies narratives d’une cinquantaine de contes. De l’énonciation, l’auteur glisse à l’étude des seuils (épigraphes, dédicaces…) qui avait déjà fait l’objet d’un article. La troisième partie, consacrée à « L’Univers fictif : conventions et vraisemblances », évoque pêle-mêle les stéréotypes (nationaux, sociaux) du personnel maupassantien, la réception et l’ironie. F. Place-Verghnes affirme bien imprudemment que « Maupassant fut parodié […], mais jamais ne parodia. » (p.265). Les lettres privées dans lesquelles le jeune écrivain imite le style de Rabelais et les contes où il parodie la Bible et les Evangiles, hypotextes fréquents dans son œuvre – comme l’ont démontré plusieurs critiques dont J.-M. Privat et R. Bolster –, tendent à prouver le contraire. La conclusion (IV) qui apporte son lot de banalités est suivie d’« Appendices », annexes constituées de tableaux rassemblant des informations présentes dans les notes de la Pléiade établies par L. Forestier. La Bibliographie, qui aligne les références théoriques, est lacunaire quant aux études sur Maupassant : l’auteur ne pouvait ignorer les articles d’A. Ben Farhat sur le récit encadré et les travaux de H. Färnlöf sur l’ironie. Par ailleurs, n’était-il pas imprudent de citer la correspondance de Maupassant (éd. Suffel, 1973) sans retourner aux volumes mais à partir d’un site Internet (note 2, p.18), quand on sait les coquilles dues au scanner ? Ce parti pris de facilité est discutable.

La lecture de cet ouvrage laisse perplexe. Le corpus d’étude bien maigre aurait nécessité une confrontation avec les nouvelles des contemporains de Maupassant (Daudet, Hennique, Alexis, Céard, Zola, Mendès…). Incohérences et erreurs d’interprétation abondent. Très gênante, la confusion des niveaux de langue amène à considérer « La Mère des monstres » comme la forme soutenue du titre « La Mère aux monstres » (p.59), alors que la première formulation appartient au langage courant. Ces erreurs traduisent la méconnaissance du style à adopter dans une étude destinée à un public universitaire. Chaque page livre en effet son lot d’expressions triviales – « Belote avec René Maizeroy […]. Re-belote avec Paul Ginisty » (p.92), « faire bouillir la marmite » (p.23), « une tambouille de clichés » (p.242) – et de fautes de langue qui ne sont malheureusement pas des coquilles – « user jusqu’à la corne » (sic, p.97, 223), « par-là même » (p.39, 69, 91, 126, 129 et passim) – et qu’une relecture attentive aurait dû supprimer. Le contraste entre un style très relâché à la limite de la vulgarité – « Maupassant dédicaça à tour de bras » (p.88) ; « le cas archi-connu de ‘La Parure’ » (p.158) ; « Le père ayant cassé sa pipe » (p.173) ; « du fameux "délit de sale gueule" » (p.232) ; un « médecin […] s’envoyant de grandes rasades de cognac » (p.287) – et le vocabulaire théorique dont se gargarise l’auteur finit par agacer. Le summum du ridicule est atteint lorsque le lecteur est interpellé p.95 : « Vous, le lecteur de cet ouvrage, ne saviez-vous pas en lisant le titre qu’il ne s’agirait sans doute pas d’un roman ou d’un traité de jardinage ? »…

Rempli de truismes, de pléonasmes – « une tâche titanesque – pour ne pas dire impossible » (p.159), « redondance inutile » (p.252) – et de considérations théoriques oiseuses, ce livre manque gravement de rigueur.

Noëlle Benhamou